Lorsque les lèvres sont gercées, chaque mouvement de la bouche peut s’accompagner de tiraillements, de sensations de brûlure voire de petits saignements. Face à cet inconfort, il est fréquent de multiplier des gestes de soulagement ponctuel : lécher les lèvres, frotter ou décroûter les peaux mortes, changer de stick à lèvres très régulièrement. Du point de vue dermatologique, ces comportements répétés tendent pourtant à entretenir la lésion plutôt qu’à favoriser sa cicatrisation.

Les lèvres constituent une zone de transition entre la muqueuse buccale et la peau du visage. Leur couche superficielle est très fine, pauvre en glandes sébacées et en film hydrolipidique protecteur. Dès que cette barrière se fissure, les pertes en eau augmentent, les irritants pénètrent plus aisément et un simple inconfort peut évoluer vers une véritable chéilite, autrement dit une inflammation des lèvres.

Pour permettre à la peau de se réparer dans de bonnes conditions, il est important d’identifier ces erreurs fréquentes. Elles paraissent souvent anodines mais, répétées au quotidien, elles retardent la cicatrisation des lèvres gercées. Les corrigés fait pleinement partie de la prise en charge : au même titre qu’un baume très réparateur, l’arrêt de certains gestes agressifs limite les microtraumatismes, réduit l’inflammation locale et redonne à la barrière cutanée la possibilité de se reconstruire.

Ce repérage des “fausses bonnes idées” est utile quel que soit le contexte : sécheresse hivernale, poussées récurrentes sur terrain atopique, xérose induite par un traitement médicamenteux ou sensibilité accrue à certains cosmétiques. Dans tous les cas, éliminer ce qui aggrave permet au soin labial de jouer pleinement son rôle et diminue le risque d’évolution vers des formes plus chroniques ou compliquées de chéilite.

Arracher les petites peaux qui dépassent

C’est probablement le réflexe le plus courant. Quand les lèvres qui pèlent laissent apparaître de petites peaux décollées, on a tendance à les tirer avec les doigts ou les dents. Sur le moment, la surface semble plus lisse. En réalité, ce geste transforme une gerçure superficielle en lésion plus profonde.

En arrachant ces lambeaux de peau, on dépasse souvent la zone déjà décollée. On arrache alors une partie de la muqueuse encore attachée. Cela crée une microplaie, parfois un petit saignement, qui va mettre plus de temps à cicatriser. La lèvre devient plus douloureuse. Le risque d’infection locale augmente, surtout si l’on porte souvent les doigts à la bouche.

Cette agression mécanique répétée entretient des lèvres fissurées, rugueuses, qui ne parviennent jamais à se réparer complètement. La barrière cutanée reste altérée. La moindre exposition au froid, au vent ou à un aliment acide se traduit par une sensation de brûlure.

À la place : encourager une desquamation douce

La meilleure alternative consiste à soutenir la desquamation naturelle plutôt que de la forcer.

  • Appliquer régulièrement un baume réparateur riche en lipides. La cire d’abeille, la lanoline ou le beurre de karité assouplissent les petites peaux et les aident à se détacher d’elles-mêmes.
  • Éviter tout frottement agressif avec une serviette ou un gant. Tamponner délicatement la bouche après le nettoyage.
  • En cas de peaux très épaisses, un soin contenant un actif kératolytique doux, comme un faible pourcentage d’acide salicylique, peut aider à lisser la surface sans abîmer la muqueuse en profondeur.

Avec ce type de routine, les lèvres restent moins irritées et la réparation se fait dans de meilleures conditions.

Léchage répété des lèvres

Lécher ses lèvres est un autre réflexe très fréquent quand elles tirent ou brûlent. Sur l’instant, la salive donne une impression d’humidité et de soulagement. Pourtant, cet effet est trompeur.

La salive contient des enzymes digestives. Son pH n’est pas adapté à la muqueuse labiale déjà fragilisée. Quand elle sèche, elle laisse la surface encore plus délipidée. La couche protectrice naturelle est dissoute peu à peu. Résultat : la perte en eau s’accélère, la sécheresse labiale s’aggrave, les lèvres deviennent encore plus irritées.

Ce cycle peut se répéter des dizaines de fois par jour. Les lèvres restent alors constamment humides puis desséchées. Elles deviennent rugueuses, squameuses, parfois fissurées aux commissures. On finit par ressentir des lèvres douloureuses même au repos.

À la place : créer un réflexe de protection

L’idée est de remplacer le léchage par un geste qui protège.

  • Dès que la sensation de tiraillement apparaît, appliquer une fine couche de baume à lèvres. Le film gras agit comme une barrière protectrice.
  • Garder un stick à portée de main pour ne pas se retrouver sans solution quand l’inconfort revient.
  • Boire suffisamment d’eau dans la journée. Une hydratation interne correcte ne remplace pas le soin local mais limite la sécheresse globale des muqueuses.

Avec le temps, le cerveau remplace le réflexe langue par le réflexe baume. Les lèvres gercées sont moins sollicitées mécaniquement et peuvent cicatriser.

Utiliser n’importe quel baume parfumé

On associe souvent la sensation de fraîcheur, de picotement ou de parfum agréable à l’efficacité. Quand les lèvres sont gercées, cette recherche de “sensations” peut devenir un piège.

Beaucoup de sticks très parfumés, mentholés ou aromatisés contiennent des molécules potentiellement irritantes. Menthol, certains parfums, huiles essentielles, cinnamates ou encore certains conservateurs peuvent déclencher ou entretenir une chéilite irritative ou allergique. La muqueuse labiale, déjà fragilisée, réagit par une rougeur plus intense, une majoration des brûlures et des lèvres irritées qui supportent de moins en moins de produits.

On entre alors dans un cercle vicieux. On applique plus souvent le même baume pour calmer la gêne. La réaction s’amplifie. Les lèvres deviennent plus rouges, plus rugueuses, parfois oedématiées.

À la place : privilégier les formules haute tolérance

Pour des lèvres gercées, l’objectif n’est pas de “sentir” le soin mais de restaurer la barrière cutanée en respectant l’écosystème de la peau.

  • Choisir un baume sans parfum ou à parfum très discret, sans menthol ni huiles essentielles agressives.
  • Rechercher des formules riches en agents occlusifs et émollients : cire d’abeille, lanoline, beurres végétaux, huiles nourrissantes.
  • Donner la priorité aux soins qui contiennent des céramides ou des lipides biomimétiques, proches de ceux de la peau.
  • Les complexes pré, pro ou postbiotiques peuvent aussi contribuer à rééquilibrer la flore de surface et à renforcer la résilience de la muqueuse.

Une formule simple, bien tolérée, appliquée régulièrement, sera toujours plus efficace pour des lèvres fissurées qu’un stick très sensoriel mais irritant.

D-biotic Baume à lèvres Trés réparateur

S’exposer au soleil ou au froid sans protection

Le froid, le vent et le soleil sont des agresseurs majeurs des lèvres. Cette zone manque de mélanine, donc de protection naturelle contre les UV. Elle est aussi très exposée aux variations de température.

Le froid resserre les vaisseaux, ralentit la microcirculation et rend la muqueuse plus vulnérable. Le vent et l’air sec accentuent l’évaporation de l’eau. Les lèvres sèches deviennent alors rapidement des lèvres gercées, puis des lèvres fissurées si aucune protection n’est mise en place.

Le soleil est un facteur souvent sous-estimé. Les UV augmentent l’inflammation locale et participent à l’altération de la couche cornée. À long terme, des expositions répétées sans protection peuvent contribuer au développement de certaines formes de chéilite actinique, une atteinte chronique de la lèvre inférieure liée au soleil.

À la place : anticiper avec une protection barrière

La clé est de préparer les lèvres avant l’exposition.

  • En cas de froid ou de vent, appliquer un baume réparateur riche avant de sortir. Il joue le rôle de bouclier mécanique contre l’air sec.
  • En période ensoleillée, choisir un soin combinant fonction réparatrice et filtre solaire, avec un SPF adapté, surtout si l’on reste longtemps dehors.
  • Protéger physiquement la bouche en cas de vent violent ou de grand froid avec une écharpe légère.
  • Réappliquer le soin après avoir bu, mangé ou s’être essuyé la bouche.

Ces gestes simples évitent que des lèvres déjà fragiles basculent dans un état de sécheresse sévère.

Partager son baume ou son maquillage pour les lèvres

Partager un baume à lèvres, un rouge à lèvres ou un gloss semble anodin. Pourtant, cette habitude pose deux problèmes distincts.

Sur le plan infectieux d’abord. Le tube ou le raisin est en contact direct avec la muqueuse de chacun. Il peut donc se charger de bactéries, de levures ou de virus. L’herpès labial, responsable du bouton de fièvre, se transmet très facilement par ce biais. Une personne porteuse du virus, même sans lésion très visible, peut contaminer le stick. Le suivant l’appliquera sur des lèvres gercées, donc plus vulnérables.

Sur le plan de la barrière cutanée ensuite. Chacun a son propre microbiote cutané. Mélanger les flores de plusieurs personnes sur le même produit peut perturber l’équilibre déjà fragile des lèvres irritées. Chez un sujet sensible, cela peut favoriser une chéilite ou une infection locale.

À la place : un soin dédié et une bonne hygiène

  • Garder un baume personnel et éviter de prêter son stick, même ponctuellement.
  • En cas de gerçures importantes, limiter l’usage de rouges à lèvres partagés lors d’essayages et privilégier des tests sur le dos de la main si possible.
  • Refermer soigneusement son produit après usage et éviter de le stocker dans des lieux très chauds ou très humides.

Ce respect de l’hygiène limite le risque infectieux, en particulier quand les lèvres présentent déjà des microfissures.

Corriger ces cinq habitudes change souvent nettement l’évolution des lèvres gercées. Moins d’agressions mécaniques, chimiques ou climatiques, plus de protection ciblée et de respect de la muqueuse. Les lèvres retrouvent plus facilement une surface lisse, moins de rougeur et moins de douleur.