Sur le visage, les lèvres font partie des zones les plus fragiles. Elles sont en relief, directement exposées au froid, au vent, au soleil, aux boissons chaudes ou acides. Pourtant leur peau est beaucoup moins armée que celle des joues ou du front pour faire face à ces agressions.
Les lèvres constituent un tissu de transition entre la muqueuse buccale et l’épiderme du visage. Leur couche superficielle est plusieurs fois plus fine, très riche en vaisseaux sanguins, mais presque dépourvue de glandes sébacées et sudorales. Elles produisent donc très peu de film hydrolipidique protecteur et presque pas de pigments capables de filtrer les UV. L’eau s’évapore plus vite, la barrière se fragilise et la moindre contrainte se traduit rapidement par des lèvres sèches, qui peuvent ensuite se fissurer.
Quand ces gerçures reviennent chaque hiver ou persistent une grande partie de l’année, il ne s’agit plus d’un simple inconfort passager. Cela signe une atteinte de la barrière cutanée labiale : les fissures laissent passer plus facilement les irritants et les allergènes, la douleur s’installe et peut évoluer vers une véritable chéilite, avec rougeurs, brûlures et lésions qui cicatrisent mal.
Comprendre le niveau de sécheresse et ce qui l’aggrave
Avant de parler de soins, il est important de situer où vous en êtes. Toutes les lèvres gercées ne se ressemblent pas.
On peut distinguer plusieurs situations fréquentes
- Sécheresse labiale légère : Lèvres un peu rêches, tiraillement discret, petites peaux occasionnelles.
- Gerçures des lèvres modérées : Fissures superficielles, inconfort à l’ouverture de la bouche, rougeur des lèvres.
- Lèvres qui pèlent en continu : Desquamation répétée, zones qui accrochent au toucher, aspect de lèvres squameuses.
- Lèvres enflées ou très douloureuses : Inflammation marquée, parfois suintements ou croûtes, qui évoquent plus une chéilite ou une complication.
Repérer aussi les facteurs déclenchants typiques
- Froid, vent, air sec du chauffage ou de la climatisation
- Soleil, surtout sans protection adaptée
- Léchage répété des lèvres, morsures, grattage des petites peaux
- Rouges à lèvres ou baumes très parfumés ou mentholés
- Tabac, respiration par la bouche, certaines carences ou traitements médicaux
Cette première étape sert à deux choses. Comprendre si l’on reste sur de simples lèvres sèches ou si l’on approche du terrain chéilite. Et identifier les gestes et produits qui entretiennent le problème.
Couper le cercle vicieux des agressions
Les lèvres gercées entrent vite dans un cercle auto-entretenu. Plus elles sont sèches, plus elles tirent et brûlent. Plus on les lèche ou on arrache les peaux, plus la barrière se fissure.
Le premier réflexe est donc d’alléger tout ce qui agresse.
- Stopper le léchage réflexe
La salive dissout les lipides protecteurs et accentue l’évaporation de l’eau. Sur le moment, on a l’impression d’hydrater. En réalité, la sécheresse labiale s’aggrave à chaque passage de langue. - Cesser d’arracher les peaux
Même si elles semblent prêtes à partir, les arracher crée des microplaies. Ces petites portes d’entrée favorisent les irritations et parfois les infections locales. - Mettre en pause les produits douteux
Rouge à lèvres longue tenue, baumes parfumés, sticks mentholés ou très brillants peuvent contenir des parfums ou agents sensibilisants. En période de gerçures, mieux vaut suspendre tout ce qui picote ou chauffe à l’application. - Protéger du froid et du vent
En extérieur, couvrir légèrement la bouche avec une écharpe en cas de grand froid ou de vent intense. L’objectif est de limiter l’évaporation de l’eau en surface.
Cette étape peut sembler simple, mais si elle n’est pas respectée, même le meilleur soin réparateur n’arrivera pas à stabiliser les lèvres.
Choisir un baume réellement réparateur
Tous les baumes à lèvres ne se valent pas. Certains apportent surtout un effet brillant ou un parfum agréable mais peu de bénéfices sur la barrière cutanée. Quand les lèvres gercées sont installées, il faut une formule ciblée.
Un bon soin réparateur pour les lèvres doit idéalement combiner plusieurs types d’actifs.
- Des agents occlusifs protecteurs : Cire d’abeille, lanoline, certains beurres et huiles végétales créent un film qui limite la perte en eau et protège des agressions externes. Ils agissent comme un pansement souple sur la zone fissurée.
- Des émollients nourrissants :Beurre de karité, huiles riches en acides gras aident à assouplir les lèvres, réduire les sensations de tiraillement et préparer une cicatrisation plus confortable.
- Des lipides biomimétiques : Les céramides, naturellement présents dans la couche cornée, participent à la reconstruction de la barrière. Leur présence dans un baume est un vrai plus pour les lèvres très abîmées.
- Des actifs apaisants et régénérants : Certains extraits végétaux comme l’huile de romarin, des vitamines ou des sucres spécifiques soutiennent la régénération des tissus et calment l’inflammation de fond.
- Éventuellement un léger effet kératolytique : De très faibles doses d’acide salicylique ou d’actifs proches peuvent aider à lisser doucement les petites peaux sans frottement mécanique.
Limiter les ingrédients susceptibles de sensibiliser des lèvres déjà fragiles. En période de gerçures, mieux vaut éviter les parfums marqués, les arômes mentholés, certains colorants ou conservateurs potentiellement irritants.
L’application doit être généreuse mais propre. Idéalement sur des lèvres sèches, en couche fine mais couvrante, plusieurs fois par jour et systématiquement avant le coucher.
Installer une routine de réparation sur plusieurs semaines
Réparer la sécheresse labiale ne se joue pas en une journée. La muqueuse a besoin de temps pour reconstituer sa structure et retrouver un bon équilibre en lipides et en eau. Un plan d’action sur deux à quatre semaines est souvent nécessaire.
Un rythme simple peut servir de base.
Pour les lèvres qui pèlent beaucoup, une exfoliation mécanique n’est pas recommandée pendant la phase inflammatoire. Frotter avec un gant ou un gommage à gros grains risque d’arracher la peau encore fragile. Mieux vaut laisser le baume agir, les petites peaux se détachent ensuite plus facilement lors du nettoyage.
Sur cette période, surveiller l’évolution. Les lèvres devraient devenir progressivement moins rugueuses. Les gerçures se referment, la couleur redevient plus homogène, les sensations de brûlure diminuent.




