Avoir les lèvres sèches de temps en temps est très courant. Un changement de saison, une journée au vent ou un trajet en avion suffisent souvent à provoquer une sensation de tiraillement ou une légère rugosité. Dans ces situations, la peau récupère généralement en quelques jours avec un baume adapté.

En revanche, lorsque la sécheresse devient quasi constante, que les lèvres brûlent, picotent ou commencent à se fissurer, le tableau n’est plus le même. Cela traduit une altération plus marquée de la barrière cutanée labiale : la perte en eau s’accélère, la surface devient plus perméable aux irritants et la muqueuse réagit par une inflammation. On se situe alors à la limite entre simple xérose labiale et véritable chéilite débutante.

Cette frontière n’est pas toujours facile à percevoir. Les signes peuvent rester discrets : lèvres anormalement sensibles à certains aliments, rougeur modérée mais persistante, besoin de réappliquer un baume plusieurs dizaines de fois par jour pour être soulagé. Pourtant, ces détails orientent déjà vers une sécheresse “pathologique” qui nécessite une prise en charge plus structurée qu’un simple soin occasionnel.

Comprendre pourquoi les lèvres se dessèchent aide à adapter les bons gestes : rôle du climat, des habitudes de léchage ou de mordillement, impact de certains rouges à lèvres ou dentifrices, influence éventuelle d’un terrain atopique ou d’un traitement médicamenteux. C’est aussi ce qui permet de savoir quand un baume émollient suffit et quand il faut envisager une évaluation médicale.

Les lèvres

Une zone fragile par construction

Les lèvres ne sont pas recouvertes comme le reste du visage. Elles forment une zone de transition entre la muqueuse buccale et l’épiderme. Leur couche cornée est beaucoup plus fine et contient moins de lipides structurants. Les glandes sébacées y sont quasi absentes, le film hydrolipidique est donc pauvre par nature.

Concrètement cela signifie que

  • l’eau s’évapore très facilement à la surface des lèvres
  • la barrière se déstabilise vite sous l’effet du froid, du vent ou du soleil
  • les irritants et allergènes pénètrent plus aisément

Cette architecture rend la muqueuse labiale très dépendante de l’environnement et des soins appliqués. Des agressions minimes mais répétées suffisent à faire passer une simple sensation de sécheresse à des gerçures, puis à une véritable chéilite si l’inflammation s’installe.

Les causes fréquentes de lèvres sèches

Dans de nombreux cas, les lèvres sèches s’expliquent par des facteurs externes ou comportementaux. Ils sont rarement isolés et se cumulent le plus souvent.

Climat et environnement

Froid et vent

L’air froid est pauvre en humidité. Le vent augmente encore l’évaporation de l’eau en surface. Les lèvres se déshydratent rapidement, deviennent rugueuses puis se fissurent.

Air sec du chauffage ou de la climatisation

La vie dans des pièces fortement chauffées l’hiver ou climatisées l’été assèche l’ensemble des muqueuses, y compris les lèvres. La couche cornée perd sa souplesse et marque davantage.

Soleil

Les UV accentuent l’inflammation de surface et dégradent progressivement les lipides de barrière. Une exposition répétée sans protection spécifique favorise une sécheresse labiale chronique et prépare le terrain à des lésions plus durables, notamment sur la lèvre inférieure.

Habitudes du quotidien

Léchage répété des lèvres

La salive procure un soulagement très bref. En séchant, elle augmente la perte en eau et emporte une partie des rares lipides de surface. Les lèvres déjà sèches se déshydratent encore davantage.

Grignotage des petites peaux

Arracher les squames crée de véritables microplaies. La muqueuse se fragilise, la douleur augmente et la réparation devient plus lente. Le réflexe de grattage se renforce et entretient le cercle vicieux.

Produits cosmétiques inadaptés

Certains rouges à lèvres et baumes très parfumés, mentholés ou très colorés contiennent des composants irritants ou sensibilisants. Sur une bouche réactive, ils entretiennent la rougeur, la sensation de brûlure et la sécheresse.

Autres facteurs de terrain

  • Respiration buccale, ronflements ou apnée du sommeil
    L’air qui passe en continu par la bouche dessèche fortement la muqueuse labiale.
  • Hydratation insuffisante
    Boire trop peu accentue la sécheresse globale des muqueuses, même si ce n’est jamais l’unique cause.

À quel moment la sécheresse des lèvres devient-elle une chéilite ?

La sécheresse des lèvres est un phénomène extrêmement fréquent. Après quelques jours d’exposition au froid ou au vent, il est habituel de ressentir des tiraillements, de constater l’apparition de fines squames ou une légère rugosité de surface. Tant que ces signes régressent rapidement sous l’effet d’un baume protecteur et d’une éviction des facteurs agressifs, on reste dans le cadre d’une xérose labiale physiologique.
La situation change lorsque plusieurs facteurs se cumulent : l’intensité des symptômes, l’aspect morphologique des lèvres, la durée et la fréquence des récidives. C’est cette combinaison qui marque le passage d’une simple sécheresse à une véritable chéilite.

Dans une sécheresse normale, les signes cliniques se limitent le plus souvent à un inconfort, une perte de souplesse et une gêne lors de l’élocution ou du sourire. Les symptômes sont mécaniques.

En cas de suspicion de chéilite, les sensations changent de nature. On observe des brûlures franches, des picotements continus et des douleurs parfois présentes même au repos. Le contact avec certains aliments (acides, salés, épicés) ou le simple passage de l’eau deviennent douloureux. Une lèvre qui brûle sans être sollicitée est le signe d’un processus inflammatoire actif.

Une sécheresse simple se manifeste par une surface terne et une desquamation fine et superficielle. Les gerçures, si elles existent, restent très localisées et cicatrisent sans laisser de traces.

Une chéilite probable se reconnaît à une rougeur marquée (érythème), parfois bien délimitée. La desquamation devient plus épaisse, avec des lèvres qui pèlent de manière ininterrompue. On peut également observer des fissures profondes, notamment aux commissures, des croûtes jaunâtres ou des zones suintantes qui donnent à la lèvre un aspect « à vif ».

Le facteur temporel est sans doute le repère le plus fiable pour distinguer ces deux états.
Une sécheresse réactive, liée à un facteur ponctuel (séjour en montagne, utilisation d’un rouge à lèvres desséchant, épisode fébrile), doit se corriger en quelques jours avec une routine de soin adaptée.

Une sécheresse persistante au-delà de deux semaines malgré une application régulière de baume, ou qui récidive systématiquement dès l’arrêt du soin, doit faire suspecter une chéilite. Dans ce cas, la sécheresse n’est plus une simple réaction au climat, elle devient le symptôme d’un déséquilibre plus profond : irritation chronique, allergie de contact, dermatose sous-jacente ou effet secondaire médicamenteux.

Certains éléments cliniques orientent fortement vers une pathologie labiale installée :

  • Des fissures persistantes et douloureuses aux commissures (perlèche).
  • Un eczéma ou des démangeaisons sur d’autres zones du visage ou du corps.
  • Une sécheresse associée à d’autres muqueuses (syndrome sec).
  • Un antécédent connu de dermatite atopique ou de psoriasis.